Un tissu industriel fortement tourné vers la sous-traitance
Rhône-Alpes est la première région française pour la sous-traitance industrielle, avec 16,6 % des effectifs salariés français (fin 2005) et 20 % des établissements employeurs[1].
Les chiffres clés de la sous-traitance industrielle rhônalpine en 2005
- 7 795 établissements ont une activité réputée relever de la sous-traitance, soit 22,1 % des établissements industriels de la région ;
- 5 732 sont des établissements employeurs, soit 20 % du total en France ;
- 149 122 salariés, soit 33 % des effectifs salariés de l’industrie rhônalpine.
La sous-traitance industrielle en Rhône-Alpes est relativement concentrée dans l’espace. En effet, trois départements (Rhône, Isère, Haute-Savoie) représentent 58 % des établissements (52,5 % pour l’ensemble des établissements industriels) et 63 % des effectifs salariés de la sous-traitance rhônalpine (59 % pour les effectifs de l’ensemble de l’industrie).

L’importance de la Haute-Savoie en matière de sous-traitance est notamment liée à la présence du district industriel de la Vallée de l’Arve, qui constitue la plus forte concentration mondiale de l’industrie du décolletage (http://www.technicvallee.com). Rhône-Alpes rassemble ainsi plus des 2/3 des effectifs salariés du décolletage en France.
Les ¾ des entreprises de l’activité ont moins de 20 salariés, mais on a assisté ces dernières années à une évolution de la structure de ce tissu liée au regroupement de certaines petites entreprises et à des rachats par des groupes étrangers.

L’automobile demeure le principal débouché de la production du décolletage, loin devant l’électrotechnique. Le maintien du positionnement des entreprises locales sur ce marché est notamment facilité par la norme ISO 9002 et l’Evaluation Aptitudes Qualité Fournisseur (EAQF), qui constituent des atouts commerciaux importants face à la concurrence mondiale. Les décolleteurs rhônalpins proposent aujourd’hui une large gamme de services à destination des donneurs d’ordres, qui complètent la fabrication de pièces métalliques et micromécaniques en grandes séries : études, montage de pièces, fabrication de sous-ensembles, etc.
Le pôle de compétitivité Arve Industries fédère les entreprises et acteurs du district industriel. Centré sur la mécanique et la mécatronique, il vise l’évolution technologique et organisationnelle du décolletage et de ses activités connexes pour développer une offre de composants techniques évolués répondant aux attentes des industries clientes (voir la fiche réseaux d'entreprises).
| Métiers | Nombre total d’établissements | Part en France (%) | Effectif salarié | Part en France (%) |
|---|---|---|---|---|
| Décolletage | 599 | 67,0 | 10 932 | 68,6 |
| Mécanique | 2 689 | 20,0 | 30 732 | 18,4 |
| Tôlerie-chaudronnerie | 1 170 | 16,5 | 12 911 | 14,7 |
| Travail sur presse | 256 | 13,4 | 6 537 | 14,4 |
| Fonderie | 90 | 16,8 | 4 031 | 11,8 |
| Electricité | 513 | 17,7 | 23 248 | 23,6 |
| Electronique | 807 | 16,0 | 19 889 | 16,3 |
| Traitement thermique et de surface |
465 | 19,9 | 5 202 | 18,7 |
| Plastique, caoutchouc, composites |
837 | 23,1 | 18 034 | 17,0 |
| Automobile, aéronautique, naval | 369 | 11,4 | 17 606 | 8,9 |
| TOTAL | 7 795 | 19,0 | 149 122 | 16,6 |
et INSEE REE ICS, 01/01/2005
Globalement, Rhône-Alpes représente plus d’un cinquième des établissements et des effectifs salariés français des services industriels du travail des métaux (forge, découpage et emboutissage, métallurgie des poudres, traitement et revêtement des métaux, décolletage, mécanique générale), qui constituent le secteur de la sous-traitance industrielle par excellence.
Ces activités s’appuient en effet principalement sur une logique de métiers, pour fabriquer des produits intermédiaires destinés essentiellement à l’industrie automobile, mais aussi à la construction aéronautique, aux équipements mécaniques, à la construction ferroviaire, au bâtiment… La pression permanente exercée par les grands clients est à l’origine des profondes mutations que connaissent les entreprises du secteur : leur production est de plus en plus complexe et elles doivent s’organiser pour fournir en « juste à temps » en développant des partenariats.
Voir aussi le chapitre « Pôles d’activité et de compétences ».
Cette force rhônalpine dans les services industriels du travail des métaux s’explique par un savoir-faire régional reconnu (micro-mécanique, roulements, organes de transmission, moulage, etc.), et par la présence d’un riche tissu de donneurs d’ordres. La région représente ainsi plus de la moitié des effectifs salariés français de la métallurgie des poudres, secteur fortement concentré et travaillant principalement pour l’industrie automobile.
L’électricité (fabrication de matériel de distribution et de commande électrique, de matériel électromagnétique, de moteurs, génératrices et transformateurs électriques) et l’électronique (composants passifs, condensateurs, composants électroniques actifs) sont aussi des secteurs d’activité particulièrement externalisés et bien représentés dans la région. La fabrication de composants électroniques actifs et de matériel de commande ou de distribution électrique est essentiellement localisée en Isère (pôle grenoblois).
Malgré les difficultés qu’a traversé le secteur de l’électronique ces dernières années, le nombre d’établissements et les effectifs salariés ont augmenté en Rhône-Alpes depuis 2002. Les délocalisations de la production en Europe de l’Est ou en Asie opérées par les grands donneurs d’ordres conduisent les entreprises locales à se réorganiser pour remplir leurs carnets de commande et fidéliser leurs clients : concentration croissante des effectifs (l’effectif moyen est passé de 30 à 45 entre 2002 et 2005), production de petites séries à plus forte valeur ajoutée, offre de services en amont (conception de produits par exemple).
La sous-traitance rhônalpine se distingue également dans la plasturgie (fabrication de pièces techniques et d’articles divers en matière plastique) : elle représente en effet près du quart des établissements français et 17 % des effectifs salariés du pays.
Pour faire face à la concurrence étrangère et aux menaces de délocalisations, les entreprises de ce secteur se sont engagées dans des démarches partenariales avec les principaux donneurs d’ordres et dans des stratégies d’innovation sur les procédés productifs ou les produits (matériaux composites à base de polymères, thermoplastique…). Les plasturgistes travaillent ainsi de plus en plus en conception partagée avec les constructeurs et les équipementiers et peuvent assembler des modules ou des systèmes complets dans leurs usines.
La plasturgie est très présente dans le département de l’Ain, au cœur de la Plastics Vallée d’Oyonnax (http://www.plasticsvallee.fr). Ce district industriel est la première concentration de plasturgie en Europe (2,4 milliards € de chiffre d’affaires annuel)[2]. Le pôle de compétitivité Plastipolis rassemble l’ensemble de la filière de la plasturgie et des composants, autour des thématiques des matériaux, de la plasturgie et de la chimie (voir la fiche réseaux d'entreprises).
Des entreprises de la plasturgie sont également présentes dans d’autres bassins de la région.
Voir aussi le chapitre « Pôles d’activité et de compétences ».
La puissance régionale en matière de sous-traitance industrielle repose largement sur l’existence de systèmes productifs localisés, qui sont caractérisés par d’intenses relations de sous-traitance mutuelles et de coopération entre les entreprises. Ils peuvent aussi constituer un cadre privilégié pour l’articulation de spécialités complémentaires, comme c’est le cas à Saint-Etienne dans le domaine de la production de biens d’équipement et de systèmes de production, avec des savoir-faire en matière de mécanique générale, de métallurgie, d’informatique industrielle, d’électricité, etc.
La sous-traitance industrielle en Rhône-Alpes par zone d'emploi

Source : INSEE REE ICS, 01/01/2005
Les activités de la sous-traitance sont largement confrontées à la concurrence internationale et aux stratégies de délocalisation, exacerbées par la mondialisation (forte pression sur les prix). L’augmentation des importations de sous-traitance (à titre de substitution compétitive), comme des délocalisations de donneurs d’ordres et de sous-traitants, renforce le climat d’incertitude pour les entreprises. A cela s’ajoute le renchérissement du coût des matières premières, difficile à répercuter sur les prix de vente, et les délais de paiement parfois très longs pratiqués dans certains secteurs, qui pénalisent les plus petites sociétés.
Les entreprises de la sous-traitance sont confrontées aux aléas de la conjoncture économique, et à d’importantes modifications de leurs rapports avec les donneurs d’ordres. Ces derniers ont des exigences croissantes en matière de qualité, d’offre de sous-ensembles complets, de prix et d’accompagnement dans l’internationalisation de leur activité.
L’acquisition d’une taille critique, l’augmentation des capacités d’innovation en matière de produits et de procédés de production, la diversification des débouchés, le développement de projets collectifs de recherche&développement (par le biais de partenariats avec les donneurs d’ordres notamment) sont autant de solutions mise en œuvre par les entreprises rhônalpines pour rester dans la course. Le potentiel régional en matière de recherche et de centres techniques favorise fortement ces mutations.
L’industrie rhônalpine est de plus en plus orientée vers la sous-traitance de spécialité[3], qui correspond au recours à un sous-traitant spécialiste disposant d’équipements et de compétences spécifiques aux produits à fabriquer, que le donneur d’ordre ne maîtrise pas en propre du fait de sa stratégie d’externalisation. Ce positionnement d’excellence tire parti des savoir-faire locaux et limite la dépendance des industriels sous-traitants à l’égard des donneurs d’ordres.
Rhône-Alpes bénéficie de deux salons dédiés à la sous-traitance et réservés aux professionnels : Solutions Techniques Innovantes (STIM) à Lyon-Eurexpo et RIST-RISF à Valence.
Les Chambres de commerce et d’industrie de la région accompagnent les entreprises de la sous-traitance dans leurs mutations en les conseillant dans leurs processus d’innovation et de conception de produits, et en les aidant à développer leur clientèle à l’export. Elles aident aussi les entreprises à s’allier entre elles, à exploiter leurs complémentarités, pour répondre à l’exigence d’acquisition d’une taille critique.
Voir aussi Coup de projecteur "Vision de l'industrie en Rhône-Alpes" de septembre 2008
[1] Dénombrement effectué à partir d’une sélection de 48 codes APE d’activités qui sont réputées s’exercer principalement en sous-traitance (Méthode de l’étude « La sous-traitance industrielle en Rhône-Alpes » de la CCI de Lyon).
[2] Source : http://www.plasticsvallee.fr
[3] Elle se définit en opposition avec la sous-traitance de capacité, correspondant à des activités réalisées à partir d’équipements et de compétences que le donneur d’ordres maîtrise lui aussi en interne, ou dont il peut disposer auprès d’un grand nombre de prestataires / fournisseurs.




